Le Tibet et la CIA (et le gouvernement états-uni en général)

par André Lacroix, le 21 décembre 2009

Ci-dessous, un petit aperçu des liens qui se sont tissés entre les autorités féodales tibétaines et les États-Unis déjà avant que ne soit proclamée la République populaire de Chine, et qui se sont étoffés et renforcés jusque maintenant.

 

 

Dès le début

-Dès avril 1949, avant même la proclamation de la République populaire de Chine, les USA ont défini leur politique tibétaine. Dans un rapport du Département des Affaires étrangères des USA, daté du 12 avril 1949, nous pouvons voir que les États-Unis vont miser sur un soutien à un « gouvernement en exil » tout en reconnaissant que le Tibet fait partie de la Chine. Les documents du Foreign Office de 1949 ont été rendus publics en 1974.

 

http://digicoll.library.wisc.edu/cgi-bin/FRUS/FRUS-idx ?type=turn&entity=FRUS.FRUS1949v09.p1075&id=FRUS.FRUS1949v09&isize=M

 

-Cette politique est confirmée et explicitée en 1951. Dans une lettre adressée au Dalaï-lama, l’ambassadeur des États-Unis à Delhi écrit : « partez du Tibet, nous vous donnerons de l’argent pour vous et 100 personnes de votre suite et nous soutiendrons une résistance armée », lettre intégralement reprise par Melvyn GOLDSTEIN, A History of Modern Tibet, Volume II, 1951-1956 », pages 231-232.

 

Période allant de 1956 à 1974

Pas moins de sept études relatent en détail la première période (1956-1974) de soutien financier, logistique, et d’armement aux rebelles tibétains, au Dalaï-lama et à la communauté tibétaine en exil en général :

- Kenneth CONBOY (journaliste) et James MORRISON (ex-instructeur de la CIA pour le Tibet), The CIA’s Secret War in Tibet, University Press of Kansas, Modern War Studies, 2002 ;

- Mikel DUNHAM, Buddha’s Warriors, The story of the CIA-backed Tibetan Freedom Fighters, the Chinese Invasion and the Ultimate Fall of Tibet, foreword by HH the Dalai Lama ( !) , Jeremy P.Tarcher-Penguin books, New York, 2004 ;

- Melvyn GOLDSTEIN (tibétologue américain), History of Modern Tibet 1913-1951, University of California Press, 1989 ;

- Melvyn GOLDSTEIN, History of Modern Tibet, 1951-1956, University of California, 2007 ;

- Tom GRUNFELD (tibétologue canadien), The making of Modern Tibet, Zed Books, London, 1987 ;

- Shakya TSERING (researcher at the School of Oriental and African Studies at London University, conseiller du Foreign Office of GB), The Dragon in the Land of Snows, a History of Modern Tibet since 1947, Columbia University Press, New York, 1999 ;

- John Kenneth KNAUS (ancient directeur des opérations de la CIA au Tibet), Orphans of the Cold War, America and the Tibetan Struggle for Survival, Éd. Public Affairs, USA, 1999.

 

Le Dalaï-lama lui-même, dans ses mémoires de 1990 (Au loin la liberté), dit que c’était son frère aîné qui s’occupait des relations avec la CIA (pages 177, 184, 202) ; il le redit dans un « livre-interview », Thomas LAIRD, Une histoire du Tibet, Conversations avec le Dalaï-lama Lama, Éd. Plon, 2006, pp. 304, 340).

 

Knaus cite les documents du US Foreign Office (pp. 275, 276, 282, 284-285, 287, 310, FRUS 1964-1968, 731-744) pour dire que le Dalaï-lama recevait personnellement une dotation de 180.000 USD par année dès 1959 et que la communauté en exil recevait 1.700.000 USD par année, ceci jusqu’en 1974. Le “Gouvernement en exil” a répondu à cela que cet argent servait essentiellement à leur travail de lobbying international (Tibetan Government Press Release, TC Teething, Central Tibetan Administration, Dharamsala, 10/10/1998).

 

Après 1974

L’administration Reagan décide de détacher les opérations “non-armées” de la CIA et d’en confier la gestion à une nouvelle instance : le NED (National Endowment for Democracy) [c.-à-d. la Dotation nationale pour la Démocratie]. Les bilans annuels publics du NED montrent des soutiens à plusieurs organisations de Tibétains en exil. Voir : www.ned.org/grants/08programs/grants-asia08.html

 

D’autres canaux de financement existent : “Tibet Fund” (dont la directrice en 2001 était Sharon Bush, belle-sœur de Bush). Dans le rapport public (de 2005) de cet organisme :

http://www.tibetfund.org/annual_reports/2005report/2005_9.html, on peut voir, entre autres, que 491.000 USD étaient destinés au Bureau du Dalaï-lama Et, à d’autres pages, on lit que l’argent vient de l’État américain.

La liste peut s’allonger (il existe quelques canaux en Europe aussi), mais concluons par ceci : une médaille d’or du Congrès américain (2007) n’est pas une médaille en fer blanc.

 

Pour terminer, deux photos, deux époques

Le dalaï-lama avec, à sa gauche, Carl Gershman, directeur du NED, 2005, Washington.
Le dalaï-lama avec, à sa gauche, Carl Gershman, directeur du NED, 2005, Washington.

Le dalaï-lama, inspectant les “forces tibétaines” en Inde, en 1972. [N.B. La SFF (Special Frontier Force) est une unité paramilitaire indienne, composée principalement de réfugiés tibétains]
Le dalaï-lama, inspectant les “forces tibétaines” en Inde, en 1972.
[N.B. La SFF (Special Frontier Force) est une unité paramilitaire indienne, composée principalement de réfugiés tibétains]

Note :

Sur cette dernière photo : aux côtés du dalai lama, on voit Elie Wiesel. La troisième personne est Lowell Thomas jr, qui avait rencontré le dalaï-lama en 1949 à Lhasa et qui a publié aux États-Unis en 1961 le premier livre sur le dalaï-lama, popularisant ainsi le courant ’pro-indépendance du Tibet’ aux E.U. Les trois personnes (Gershman, Wiesel et Lowell) recevaient le prix "Lumière de Vérité", attribué par l’ICT (International Campaign for Tibet) et remise en main par le dalaï-lama en octobre 2005, pour honorer leur grand ’soutien’ à la cause de l’indépendance du Tibet. Concernant Israël : le dalaï-lama n’y est pas reçu par des représentants du gouvernement Israélien quand il ’passe’ dans le pays (quatre fois), mais au moins une fois par le plus haut rabbi. En 2006, le dalaï-lama a reçu le "prix Ben-Gurion", le premier à être attribué, à l’occasion du centenaire de la naissance de Ben-Gurion et à l’université qui porte son nom. Aux E.-U., le dalaï-lama rencontre de temps en temps des représentants du lobby israëlien.