Le corps des défunts laissés aux vautours

par Jean-Paul Desimpelaere, le 17 mars 2010

Au Tibet, depuis des siècles, la tradition veut que les morts soient donnés aux vautours. Ce sont des moines qui s’occupent du rituel et découpent les corps avant de les disposer pour les vautours.

La colonie des vautours est un groupe fixe, par exemple, le monastère de Sera à Lhassa en compte 130. Les moines les suivent pendant des années, ils les connaissent et leur donnent un nom. Pour le tibétain moyen, les vautours sont des animaux à respecter. Parfois, lorsque le défunt n’avait plus que la peau sur les os, la famille y ajoute quelques kilos de viande de yack pour que les vautours soient rassasiés et ne se mettent pas à grignoter l’âme du défunt. En effet,  le « travail » des vautours est de laisser s’échapper l’âme du corps. Un jour, il y eut un scandale :  une centaine de vautours moururent après avoir manger le corps d'un homme mort d'avoir avalé de la mort-aux-rats. Depuis lors, les lamas demandent avec insistance la cause de la mort du défunt.

De manière plus pragmatique, donner le corps des défunts aux vautours est une nécessité écologique, à cause de la rareté des arbres, et du sol gelé. C’est pour les mêmes raisons que, depuis déjà quelques dizaines de siècles, les Tibétains utilisent les bouses de yack séchées pour la cuisine et le chauffage. Les groupes « Free Tibet » qui accusent les Chinois de la « déforestation du Tibet » n'ont pas une connaissance pratique des traditions tibétaines, ni du terrain !

 

le lieu ’d’un cimetière à ciel ouvert’ (JPD 2007)
le lieu ’d’un cimetière à ciel ouvert’ (JPD 2007)
quelques outils nécessaires au rite (JPD 2007)
quelques outils nécessaires au rite (JPD 2007)

L’ancien monastère Trigungtil, vieux de 820 ans, de l’école Trigung Kagyu, situé sur le cours supérieur de la rivière de Lhassa, à 100 km de la capitale, a été presque totalement détruit pendant la Révolution culturelle. Il a été reconstruit avec les deniers de l’état dans les années 80. Le monastère est réputé grâce à son cimetière à ciel ouvert : un des trois les plus sacrés pour les tibétains. Les morts y sont offerts aux vautours dans un endroit isolé sur la colline. Deux moines, un ancien et sa jeune recrue, font office de « croque-morts » : ils sont chargés de la découpe du défunt et de casser les os. Ils en traitent une dizaine par jour. Les autres moines, pendant ce temps, entonnent les prières pour les défunts dans le temple. La famille paie une somme variant de quelques centimes à quelques dizaines d’euros pour ce service. Il y a quelques années, le terrain des morts était entouré d’une énorme clôture en fer, histoire de tenir les chiens sauvages à l'écart, ainsi que les appareils photos des touristes.

Des tibétains y viennent pour rendre hommage à des membres défunts de leur famille (JPD 2007)
Des tibétains y viennent pour rendre hommage à des membres défunts de leur famille (JPD 2007)