Hisser le drapeau tibétain ?  Non merci !

Par André Lacroix, le 30 janvier 2015

En réalité, quelle est l’origine de ce fameux drapeau tibétain ehibé à toutes les manifestations pro-dalaïstes ? que revendique-t-il ?

 

Ci-dessous, extrait d’un communiqué des indépendantistes tibétains :

DHARAMSHALA, 20 janvier 2015 : « Etudiants pour un Tibet libre » a lancé une campagne demandant aux Tibétains et à leurs soutiens de relever le défi de hisser le drapeau tibétain que le groupe étudiant appelle "l’un des symboles les plus reconnaissables du passé indépendant du Tibet et de l’identité nationale tibétaine" dans le mouvement du 102ème anniversaire de la proclamation de l’indépendance du Tibet par le 13ème Dalai Lama.(…) Tenzin Choedon, un étudiant de l’université de Delhi, a dit que le Tibet n’avait jamais fait partie de la Chine et que le drapeau national tibétain en est une preuve symbolique.

Mes commentaires :

Si le Tibet a été indépendant, c’était entre 622 et 842 sous la dynastie Tubo.  Depuis lors, après quelques siècles d’anarchie, le Tibet n’a jamais cessé de faire partie peu ou prou de l’empire chinois, que ce soit entre 1277 et 1368 sous les Yuan (Mongols), entre 1368 et 1644 sous les Ming (Han) ou entre 1644 et 1911 sous les Qing (Mandchous).

Entre 1911 et 1950, profitant des problèmes de la jeune République de Chine ‒ malmenée par les seigneurs de la guerre, puis déchirée entre les nationalistes et les communistes, et enfin soumise à l’agression japonaise ‒ , le Tibet a connu quarante ans d’indépendance de fait vis-à-vis de Pékin, sous … protectorat britannique. Dès que l’État chinois eut retrouvé sa consistance par l’instauration de la RPC, il a repris le contrôle de son ancienne province tibétaine et mis un terme aux prétentions coloniales dans la région.

Faut-il rappeler que l’indépendance du Tibet n’a jamais été reconnue par aucun pays, même pas par les États-Unis lorsqu’ils étaient au faîte de leur puissance et que la Chine était un pays pauvre aux prises avec la famine, un pays ne siégeant pas encore aux Nations unies ? 

Le nationalisme tibétain, au sens moderne du terme, est une création des exilés.  Le dialecte de Lhassa a été imposé comme langue de communication entre des Tibétains qui ne se comprenaient pas entre eux (ainsi, par exemple, la langue maternelle du dalaï-lama était le chinois de Xining).  Un «  hymne national » a été composé par le tuteur du dalaï-lama Trijang Rinpoché.   L’anniversaire de la naissance du dalaï-lama (6 juillet) a été décrété jour de célébration populaire.  Et, bien entendu,  un drapeau a été dessiné, un drapeau qui a été brandi en 1947 dans  la salle de conférence de New Delhi sur les pays asiatiques et dont l’ambassadeur de la Chine nationaliste a exigé le retrait (voir notamment Patrick French, Tibet, Tibet: A Personal History of a Lost Land).

Selon le communiqué de Dharamsala du 20 janvier 2015, ce drapeau serait une « preuve symbolique » de l’indépendance du Tibet.  De qui se moque-t-on ?  Le symbole appartient au registre de la poésie et de l’image tandis que la preuve ressortit au domaine du droit et de la raison.  Un symbole n’est pas une preuve.  Une preuve n’est pas un symbole.  Si le symbole que constitue tout drapeau suffisait à prouver l’indépendance d’un pays, d’une région ou d’une province, l’ONU serait aujourd’hui composée non pas de 193 membres mais de plusieurs dizaines de milliers…

On peut par ailleurs constater que ce fameux drapeau tibétain, à part les deux lions des neiges, ressemble étrangement à l’étendard de l’Armée impériale japonaise de sinistre mémoire. 

Ceux qui ont du bouddhisme tibétain une image idéalisée de paix, de sérénité et de compassion auront sans doute du mal à accepter cette ressemblance, qui n’est pourtant pas le fruit du hasard : c’est un prêtre bouddhiste japonais qui a dessiné le drapeau tibétain (voir Alexander Berzin, Russian and Japanese Involvement with Pre-Communist Tibet. The Role of the Shambala Legend).  

Et quand on se rappelle les liens existant le bouddhisme zen et le nationalisme militariste japonais des années 30 et 40…

 

             Drapeau de l’Armée

             impériale du Japon

Drapeau du Tibet          

 

 

Plus récemment, lors des manifestations antichinoises qui ont accompagné le passage de la flamme olympique au Japon en 2008, on a pu voir des activistes tibétains agitant le drapeau tibétain aux côtés de nationalistes japonais d’extrême-droite agitant l’ancien drapeau impérial (voir « La dépêche » du 26/04/2008).

Un peu de décence, s’il vous plaît, messieurs les indépendantistes tibétains !  Un peu de lucidité aussi, s’il vous plaît…   Les Tibétains du Tibet n’ont rien à gagner à vos gesticulations et à vos fantasmes.