Le « gouvernement tibétain en exil » a des amis fidèles au Japon – Qui sont-ils ?

Par Albert Ettinger, le 28 février 2021

« Les parlementaires japonais convoquent une assemblée générale sur le Tibet et réaffirment leur soutien aux Tibétains », tel est le titre d’un article émanant de la CTA (le « gouvernement tibétain en exil ») et publié sur le site France-Tibet le 20/02/21. (1) Déjà le titre est mensonger, mais l’histoire derrière cette amitié tibéto-japonaise est encore bien plus sordide et scandaleuse. Et France-Tibet se gardera bien de l’évoquer.

« Les parlementaires japonais » convoqués en « assemblée générale » ne furent en fait que « 49 parlementaires japonais » (sur 465 !) appartenant au « Groupe de soutien parlementaire » japonais pour le « gouvernement en exil » du dalaï-lama. Mais passons sur ce petit mensonge de la part de ces gens qui sont des menteurs invétérés, comme nous avons déjà eu l’occasion de le montrer à maintes reprises. (2) Jetons plutôt un coup d’œil sur les chefs de file de ces parlementaires nippons et sur ce qu’ils représentent politiquement.

Des représentants éminents du négationnisme et du chauvinisme japonais

 

Des représentants éminents du négationnisme et du chauvinisme japonais

France-Tibet relate que devant le « Groupe parlementaire pour le Tibet » le 19 février 2021 à Tokyo, le « discours d’ouverture » a été tenu par « M. Nagao Takashi ». Commençons donc à nous demander qui est ce M. Nagao Takashi.

Il s’agit d’un politicien de seconde zone, membre du parti de droite LDP dirigé par Shinzo Abe, qui a été nommé par celui-ci au poste de Secrétaire d’État au sein du gouvernement Abe IV. Avant cela, il ne s’est pas beaucoup fait remarquer, si ce n’est par ses résultats électoraux plutôt médiocres. (3) Mais sa qualité de membre non seulement de la « Japan-Tibet Parliamentary Friendship Association », mais aussi de la Japan-US Parliamentary Association » et de la « Japan-Taiwan Parliamentary Commission » donne des indications sur son orientation politique, ainsi que ce qu’il indique comme son « champ d’intérêt : la révision de la constitution » japonaise. (4) On va revenir sans tarder sur ce qui se cache derrière ce « champ d’intérêt » en parlant des autres intervenants.

Car ce n’est pas Nagao qui est montré en photo dans l’article de France-Tibet. Cet honneur revient au « président » de ce groupe parlementaire, M. Shimomura Hakubun ». Qui est-il ? Quelles sont ses positions et affiliations politiques et idéologiques ?

Il s’agit encore d’un politicien du LDP et ancien ministre de l’Éducation sous Shinzo Abe. Le site d’actualité américain The Daily Beast a écrit à son sujet : « Le ministre japonais de l'Éducation, de la Culture, des Sports, de la Science et de la Technologie pourrait avoir besoin de leçons sur la morale, l'honnêteté et les lois de financement politique japonaises. Hakubun Shimomura, qui a exercé de fortes pressions pour devenir ministre de l'éducation en 2012, lorsque le gouvernement du Premier ministre Shinzo Abe a pris le pouvoir, se profile comme un parfait exemple de la manière de ne pas se comporter au pouvoir ; il est la quintessence de hanmen kyoshi - ce qui signifie en japonais "quelqu'un qui enseigne par son mauvais exemple". Même sans éducation morale, la plupart des Japonais savent qu'il est mal de prendre de l'argent des yakuzas, d'accepter des contributions de campagne douteuses ou de se faire prendre à les couvrir. Apparemment, c'est une leçon que Shimomura a été lent à apprendre. » (5)

Selon la Wikipédia anglaise, « Shimomura est affilié à l'organisation ouvertement révisionniste Nippon Kaigi, et ses opinions politiques sont tout à fait conformes au programme de cette organisation. » (6) Nippon Kaigi est la plus grande ONG ultra-conservatrice et de lobbyistes d'extrême droite du Japon. « Elle décrit ses objectifs comme suit : "changer la conscience nationale d'après-guerre basée sur la vision de l'histoire du Tribunal de Tokyo comme problème de fond" et "réviser la Constitution actuelle" ; il considère sa mission comme consistant à promouvoir l'éducation patriotique, la révision de la Constitution du Japon, et le soutien aux visites officielles au sanctuaire de Yasukuni et à une interprétation nationaliste du shintoïsme d'État. » (7)

 

Le ministre de l’Éducation Hakubun Shimomura visite ses collègues du ministère de l’Éducation US en avril 2014 (Source : US Department of Education/Créative Commons CC BY 2.0)
Le ministre de l’Éducation Hakubun Shimomura visite ses collègues du ministère de l’Éducation US en avril 2014 (Source : US Department of Education/Créative Commons CC BY 2.0)

 

Pour celui qui connaît peu la politique japonaise, rappelons que la constitution pacifiste d’après-guerre est la bête noire des extrémistes japonais nostalgiques du Japon d’avant 1945. Elle interdit au Japon de mener des guerres d’agression et limite ses forces armées au minimum nécessaire à la défense de son territoire. Quant au sanctuaire Yasukuni, il a été construit pour rendre hommage aux Japonais « ayant donné leur vie au nom de l'empereur du Japon ». Les âmes de plus de deux millions de soldats japonais y sont déifiées, parmi lesquelles celles de 1 068 criminels de guerre, condamnés lors des procès tenus à Tokyo après la capitulation nipponne ». 14 appartiennent « à la catégorie A, la plus lourde, celle des «crimes contre la paix». C’est le cas du général Seishiro Itagaki, en charge de l’invasion sanglante de la Mandchourie en septembre 1931, de Akira Muto, autre cadre de l’armée impériale, qui fit torturer et massacrer les populations sous son contrôle, à Sumatra et aux Philippines. Ou encore de Hideki Tōjō, à la tête des forces japonaises stationnées en Chine lors de la prise de Nankin (décembre 1937) » et à l’origine de l’attaque contre Pearl Harbor, ainsi que de Yoshijirō Umezu, le chef d'état-major de l'Armée. (8)

« Promouvoir l’éducation patriotique » est une activité qui se fait par le biais de la censure des manuels scolaires japonais. La pratique n’est pas nouvelle. Dès 1947, avec le début de la (la première) Guerre froide, le SCAP (le Commandement suprême des forces alliées au Japon sous le général MacArthur) « s'appuya sur la droite japonaise qui, dès les années 1956, restaura le système du kentei, obligeant les auteurs de manuels scolaires à faire passer leurs textes devant une commission de censure. Ce revirement eut pour conséquence de réintroduire dans ces manuels une histoire du Japon proche de celle qui était enseignée dans les années 1930 ». (9)

 

Jamais le monde n’oubliera les crimes de guerre japonais

Deux autres sujets sont au centre du débat autour du passé impérial, au Japon comme dans les pays qui en ont été les victimes : le massacre de Nankin (Nanjing) et l’affaire des « femmes de réconfort », euphémisme désignant les esclaves sexuelles recrutées de force par l’armée japonaise.

En ce qui concerne les « femmes de réconfort », Shimomura « a déclaré en 2007 qu' "il est vrai qu'il y avait des femmes de réconfort. Je crois que certains parents ont peut-être vendu leurs filles. Mais cela ne signifie pas que l'armée japonaise était impliquée" ».

Shimomura est personnellement pris à partie dans un article du Asia-Pacific Journal de 2013 parce qu’il « soutient que reconnaître l'histoire de la guerre d'agression du Japon et y réfléchir de manière critique représenterait une "vision masochiste de l'histoire". » L’auteur de l’article met en garde : « Le monde sera très attentif à la manière dont les manuels d'histoire japonais pourraient être déformés sous la direction de Shimomura. » Et de rappeler qu’il « est impossible d'imaginer que quelqu'un qui nie l'Holocauste soit élu chancelier de l'Allemagne. Ce dont le monde est témoin en ce moment au Japon, soixante-quinze ans après le massacre de Nankin, c'est la reconduction au poste de Premier ministre d'un extrémiste de droite [c’est-à-dire Shinzo Abe] qui se range du côté des négationnistes de Nankin. » (10)

Dans un autre article du Asia-Pacific Journal, Norma Field et Tomomi Yamaguchi rappellent en 2015 que « les forces révisionnistes » au Japon sentent qu’elles ont « le vent en poupe sous l'actuelle administration Abe, dont les membres, à commencer par le Premier ministre lui-même, sont très présents dans la Nippon Kaigi (la "Conférence du Japon"), avec près de 40 % des représentants parlementaires et de nombreux membres des collectivités locales. L'engagement d'Abe à visiter Yasukuni, l'adoption de la loi sur le secret d'État (2013), la position intransigeante sur la construction d'une base marine américaine à Henoko, dévastatrice sur le plan humain et environnemental, face à l'opposition locale écrasante à Okinawa, et l'insistance à ignorer l'opposition populaire au redémarrage du nucléaire ont accéléré et intensifié l'effet crescendo du programme conservateur visant à défaire "l'ordre de l'après-guerre". Ce mouvement peut être retracé par des marqueurs tels que l'attribution du statut juridique de drapeau national et d'hymne national au drapeau du Soleil Levant et au "Kimigayo" (1999), la révision de la loi fondamentale sur l'éducation (2006) et, bien sûr, le démantèlement progressif mais déterminé de la substance de la Constitution d'après-guerre, plus particulièrement de l'article 9, la clause dite "de non-guerre". (11)

Loin de vouloir se pencher sur ce genre de sujet, les propagandistes du dalaï-lama du site France-Tibet nous présentent une troisième personnalité japonaise du même acabit qui, elle aussi, est intervenue à l’assemblée générale du lobby parlementaire de Dharamsala au Japon : « La journaliste chevronnée et présidente de l’un des groupes de réflexion les plus influents du Japon, Mme Sakurai Yoshiko a salué l’adoption par le gouvernement américain de la loi sur le Tibet et a ajouté que le Japon devrait également s’opposer à l’hégémonie et à l’intrusion de la Chine sur le territoire japonais. » Là au moins, c’est du franc-parler. Le lecteur avisé l’aura deviné : la dame qui fait partie d’un « groupe de réflexion » influant est elle aussi « affiliée au lobby ouvertement révisionniste Nippon Kaigi ».

Madame Sakurai « nie » carrément « l'esclavage sexuel pratiqué par l'armée impériale japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale » ; en 2007, elle a soutenu le film négationniste de Satoru Mizushima The Truth about Nanjing sur le massacre de Nankin. Mizushima, le réalisateur et producteur du film, a affirmé que le massacre ne serait rien d'autre que de la propagande. (12)

 

Le « Concours pour abattre 100 personnes » de Tsuyoshi Noda et Toshiaki Mukai. L'article a été écrit par Kazuo Asaumi et Jiro Suzuki, la photo a été prise par Shinju Sato à Changzhou, le 12 décembre 1937. (Source : Tokyo Nichinichi Shimbun, 13 décembre 1937)
Le « Concours pour abattre 100 personnes » de Tsuyoshi Noda et Toshiaki Mukai. L'article a été écrit par Kazuo Asaumi et Jiro Suzuki, la photo a été prise par Shinju Sato à Changzhou, le 12 décembre 1937. (Source : Tokyo Nichinichi Shimbun, 13 décembre 1937)

 

Elle a appris néanmoins à jouer le rôle (satirique ?) d’avocate des « droits de l’homme », en déclarant devant ses coreligionnaires « que les parlementaires japonais doivent agir pour remplir l’obligation de protéger les valeurs de démocratie, de liberté et de droits de l’homme que le peuple japonais chérit et défend. » (13) Dans l’esprit de Madame Sakurai, ces « valeurs de démocratie, de liberté et de droits de l’homme » ne valent évidemment que pour le Tibet (ou le Xinjiang, Hongkong etc.) soumis à « l’hégémonie et à l’intrusion de la Chine ». Elles ne valent certainement pas pour la population japonaise, et spécialement pour celle de l’île d’Okinawa.

 

Réprimer le peuple et museler la presse d’Okinawa

On retrouve Nagao Takashi, le politicien qui a prononcé le discours d’ouverture à l’assemblée générale des parlementaires pro Dharamsala, lié à l’affaire des mesures gouvernementales visant à réprimer la population et à museler les médias de l’île d’Okinawa. Nagao Takashi y fut impliqué à coté de plusieurs autres politiciens du LDP et de personnalités des médias proches d’Abe Shinzo. Désireux de changer « l'étrange structure des médias à Okinawa », il a exhorté ses coreligionnaires : « Que ferez-vous pour redresser l'opinion publique biaisée d'Okinawa ? Je crois que les médias sont complètement accaparés par la gauche. » Il s’est joint ainsi à Hyakuta Naoki, un écrivain d’extrême droite et négationniste, ex-membre du conseil d'administration du radiodiffuseur national japonais NHK, qui a déclenché « une tempête au Japon » en voulant « faire disparaître la presse d'Okinawa qu'il juge trop critique à l'égard du Premier ministre et de sa politique ».

« "Il faut écraser les journaux d’Okinawa". La petite phrase de Naoki Hyakuta n’est pas passée inaperçue. L’écrivain à succès, proche du Premier ministre Shinzo Abe, a exprimé sa colère de voir l’Okinawa Times et le Ryukyu Shimpo critiquer en permanence les décisions gouvernementales. Les deux quotidiens sont notamment montés au créneau pour dénoncer le transfert de la base américaine de Futenma vers le site protégé de Henoko, pour critiquer le projet de loi sur la sécurité qui doit permettre aux troupes japonaises d’opérer sur des théâtres extérieurs, ou encore pour mettre le doigt sur les questions historiques », commente le quotidien français l’Opinion en juin 2015. (14)

La presse et les habitants de cette île de l’archipel Ryūkyū qui n’a été annexée par le Japon qu’en 1879 ont de bonnes raisons d’adopter une attitude critique à l’égard de Tokyo. On y parle des langues différentes du japonais, et Okinawa a une culture spécifique influencée fortement par la Chine. Conquise par l’armée US à la fin de la IIe Guerre mondiale, l’ île n’a été rendue au Japon qu’en 1972. Elle abrite toujours 31 installations militaires américaines, et plus de la moitié des 54 000 hommes des troupes américaines au Japon est stationnée sur l’île. (15) L’armée US est un « voisin encombrant qui pose beaucoup de problèmes à la population locale. Les nuisances sonores permanentes des allées et venues des avions et la pollution engendrée sont devenues le quotidien des habitants. La proximité immédiate de la base avec les habitations, dont des écoles et des hôpitaux, suscite beaucoup d’inquiétudes chez les habitants concernant leur sécurité. En 2004, un hélicoptère s’est écrasé sur l’université, heureusement sans faire de victimes : le bâtiment était vide en pleines vacances d’été. Un petit rappel, s'il le fallait, que la catastrophe n’est jamais loin. » (16)

 

Okinawa. Bases militaires américaines en 2009 (en rouge).
Okinawa. Bases militaires américaines en 2009 (en rouge).

 

 

Armes biologiques, armes chimiques et « filles de réconfort » américaines

La lutte des habitants d’Okinawa contre les ravages causés par la présence massive de l’armée américaine retient rarement l’attention de nos médias. Un article dans l’Express qui rappelle l’histoire de l’occupation militaire d’Okinawa représente donc une heureuse exception. On y pouvait lire :

« Okinawa, dans les années 1960. La région est alors occupée par les États-Unis... qui y "testent des armes biologiques". C'est ce qu'a révélé le Japan Times, dimanche, rappelant que ce ne serait pas une première: le gouvernement américain a déjà reconnu avoir mené de telles expérimentations en mer, ainsi qu'à Puerto Rico, Hawaï et dans l'Utah, avant de cesser en 1969, rappelle le quotidien japonais. Au Japon, ces essais "ont été menés au moins une dizaine de fois, en 1961 et 1962", dans les localités de Nago and Shuri, dans le département d'Okinawa », avec « un champignon qui affecte les rizières » et qui « "détruit déjà une quantité de riz qui pourrait nourrir 60 millions de personnes par an", ajoute le Japan Times. "Les États-Unis avaient la Chine et l'Asie du Sud-Est en tête lors de ces expérimentations", estime le quotidien japonais, citant des documents des autorités américaines, obtenus par l'agence de presse japonaise Kyodo News, pour étayer ses propos. » En plus, l'armée américaine « stockait des défoliants pendant la guerre du Vietnam » à Okinawa, et des barils « d'agent orange » y sont toujours retrouvés. (17)

De nos jours, parmi « les principales préoccupations des habitants, on trouve les violences sexuelles commises par les marines. » L’armée américaine admet très officiellement, par exemple, qu’ « entre janvier 2015 et décembre 2017, 65 marines américains ont été jugés en cour martiale à Okinawa pour des délits sexuels visant des adultes, des enfants et, dans un cas, un nombre inconnu d'animaux. » 46 de ces marines « ont ciblé des enfants ». (18)

Ces chiffres sont cependant loin de refléter toute la gravité du phénomène, car les « rapports du NCIS [le Naval Criminal Investigative Service], obtenus grâce à la loi américaine sur la liberté de l'information, montrent que de nombreux marines ayant fait l'objet d'une enquête entre 2015 et 2016, soupçonnés d'avoir commis des infractions sexuelles à Okinawa, n'ont pas été traduits en justice ou n'ont reçu que des peines mineures. »

Le cas le plus tristement célèbre s’est produit en 1995, quand « deux marines et un marin de Camp Hansen, dans la ville de Kin, ont enlevé et violé une jeune fille de 12 ans habitant Okinawa. La fureur du public a été exacerbée par les commentaires ultérieurs du commandant des forces américaines dans le Pacifique, l'amiral Richard C. Macke, suggérant qu'il aurait été moins cher pour les violeurs de payer une prostituée que de louer la voiture qu'ils ont conduite pour enlever la fille. Macke a été forcé de démissionner en raison de ces commentaires. » (19)

 

La connivence entre l’ancienne élite tibétaine et les militaristes japonais a des racines historiques profondes

Un « représentant de Sa Sainteté le Dalaï Lama », le « Dr Arya Tsewang Gyalpo », s’est joint aux personnalités japonaises d’extrême droite pour calomnier la Chine, en répétant le mensonge d’une prétendue interdiction de « la langue tibétaine dans les écoles » au Tibet et en saluant « la US Tibetan Policy and Support Act ». Il s’agit d’un grand spécialiste du mensonge, vu qu’il vient juste de quitter le poste de propagandiste en chef du « « gouvernement en exil » financé par Washington (20) et qu’il s’est, par exemple, empressé à reprendre à son compte la rhétorique de Trump et Pompeo sur le « virus chinois ». (21)

Arya Tsewang Gyalpo marche dans les pas non seulement de son idole, le 14e dalaï-lama qui a choisi le Japon comme destination de son tout premier voyage à l’étranger après sa fuite en Inde, mais aussi dans les pas de Tenpa Taktra (bsTan pa Dar rgyas) qui fut l’homme de contact le plus important entre les militaristes japonais et les dirigeants tibétains au temps de la IIe Guerre mondiale. Ce kenpo (abbé) du monastère Yonghe gong déclara alors : « Les Japonais, les Mandchous, les Mongols et les Tibétains appartiennent à une même race. Ils croient dans le Bouddhisme depuis des temps anciens. Le Japon, la puissance actuelle en Asie de l’Est, peut être considéré comme le protecteur de tous les pays bouddhistes, ainsi que comme le dirigeant le plus fiable de l’alliance bouddhiste. [...] Le Japon vient de déclarer qu'il a la ferme intention de mettre les Britanniques et les Américains à la porte de l'Asie et d’établir un nouvel ordre mondial. Le Tibet espère participer à cette future prospérité commune ». (22)

En juin/juillet 1942, Tenpa Taktra visita le Japon en compagnie de l’ancien moine Aoki Bunkyo, devenu chef du département tibétain du Gaimusho (le ministère des Affaires étrangères nippon) et d’un représentant du plus haut Khutukhtu (lama réincarné) du Qinghai. Pendant cinq semaines, Tenpa y eut des entretiens avec le vice-ministre des Affaires étrangères japonais et des membres de l’état-major de l’armée nipponne, notamment avec le major-général Okamoto Seigo, chef du service de renseignement militaire G-2. (23) En même temps, les militaristes japonais revendiquaient l’intégration du Tibet dans la « sphère de coprospérité de la Grande Asie orientale ». (24)

 

Notes :

1) http://www.tibet.fr/?s=assembl%C3%A9e+g%C3%A9n%C3%A9rale+parlement+Japon&x=10&y=10

2) Voir, par exemple, l’article http://tibetdoc.org/index.php/politique/exil-et-dalai-lama/370-le-dalai-lama-un-adversaire-du-separatisme-tibetain ou le passage intitulé « Des défenseurs peu présentables » dans  http://tibetdoc.org/index.php/religion/bouddhisme-tibetain-au-tibet/396-retour-sur-larung-gar-ce-qu-on-oublie-de-dire

3) https://de.wikipedia.org/wiki/Takashi_Nagao_(Politiker) (Les citations venant de sources en langue étrangère ont été traduites par mes soins)

4)  https://www.jimin.jp/english/profile/members/128924.html

5) https://www.thedailybeast.com/japans-education-minister-and-the-schools-for-scandal

6) https://en.wikipedia.org/wiki/Hakubun_Shimomura

7) https://en.wikipedia.org/wiki/Nippon_Kaigi

8) https://www.geo.fr/histoire/japon-ce-passe-qui-ne-passe-pas-185122 et https://fr.wikipedia.org/wiki/Yasukuni-jinja

9) https://www.lhistoire.fr/japon-censure-sur-les-crimes-de-guerre

10) Narusawa Muneo, "Abe Shinzo: Japan’s New Prime Minister a Far-Right Denier of History”, The Asia-Pacific Journal, Vol 11, Issue 1, No. 1, January 14, 2013

11) Norma Field et Tomomi Yamaguchi, “'Comfort Woman' Revisionism Comes to the U.S.: Symposium on The Revisionist Film Screening Event at Central Washington University”, https://apjjf.org/Norma-Field/4323.html

12) Voir : https://en.wikipedia.org/wiki/Yoshiko_Sakurai

13) http://www.tibet.fr/?s=assembl%C3%A9e+g%C3%A9n%C3%A9rale+parlement+Japon&x=10&y=10

14) https://www.lopinion.fr/edition/international/naoki-hyakuta-declenche-tempete-japon-25653

15) https://fr.wikipedia.org/wiki/Okinawa_(%C3%AEle)#Histoire

16) https://information.tv5monde.com/info/japon-okinawa-les-militaires-americains-ne-sont-plus-les-bienvenus-286881

17)  https://www.lexpress.fr/actualite/monde/asie/japon-les-etats-unis-auraient-teste-des-armes-biologiques-a-okinawa_1313424.html

18) https://apjjf.org/2018/03/Mitchell.html

19) ibid.

20) Son titre officiel a été « Secretary at Department of Information and International Relations of Central Tibetan Administration (CTA), Dharamsala », voir : https://timesofindia.indiatimes.com/readersblog/author/tsewanggyalpoarya756/

21) Voir : “Coronavirus; a Chinese Trojan horse” (https://timesofindia.indiatimes.com/readersblog/khawaripa-speaks/coronavirus-a-chinese-trojan-horse-14691/) et “the Chinese Coronavirus pandemic” (https://tibetpolicy.net/phunchok-stobdans-televised-attack-is-misleading-divisive-and-dangerous/)

22) China Tibetology, mars 2006, cité d’après Elisabeth Martens, Histoire du bouddhisme tibétain : La Compassion des Puissants, Paris, L'Harmattan, 2007 (Recherches Asiatiques), p. 156

23) Wolfgang Kaufmann, Das Dritte Reich und Tibet, Die Heimat des „Östlichen Hakenkreuzes“ im Blickfeld der Nationalsozialisten, 4e édition, Ludwigsfelder Verlagshaus 2014, p. 715

24) Kaufmann, op. cit., p. 715, note no 971