En route vers Chamdo

par Elisabeth Martens, le 4 septembre 2026

Après les nouilles et le poste-frontière, la première rencontre en Région autonome du Tibet est celle de macaques du Tibet, une petite troupe de singes visiblement habitués aux touristes qui s’arrêtent pour leur donner à manger. Le sol est jonché de sachets vides, de barquettes en frigolite, de canettes et autres détritus, témoins de la gourmandise de nos cousins simiens.

 

Des macaques du Tibet (2026)
Des macaques du Tibet (2026)

Autre fait notoire, relevé par le seul Français de notre groupe : « passer du Sichuan au Tibet, c’est un peu comme passer de la France à la Belgique », dit-il. Routes défoncées, nids-de-poule façon autruche, on est secoué comme dans une essoreuse des années 1950. Heureusement, cela n’a pas duré : après Jomda, les routes étaient à nouveau nickel — ou presque.

Au col de Xuejila, on grimpe jusqu’à 4 440 mètres. La pente est couverte de drapeaux et de papiers de prières. Le paysage a changé depuis notre arrivée au Tibet. Ici, ce sont des alpages à perte de vue qui accueillent des rassemblements de tentes en feutre noir, des troupeaux de centaines de têtes, quelques chiens pour les garder et quelques êtres humains. La circulation est beaucoup moins dense qu’au Sichuan.

Au col de Xuejila (2026)
Au col de Xuejila (2026)

Mais très vite, on redescend dans les vallées, à 3 500 mètres, puis à 3 200 mètres, où villages anciens et nouveaux se succèdent. Beaucoup de constructions sont récentes : des installations solaires alimentent des serres ou de petites unités de production, comme une briqueterie ou une usine de conditionnement alimentaire ; des antennes GSM pointent leur flèche au sommet des cols ; les drapeaux de prières se prennent dans les fils électriques ; sur les rivières bondissantes ont été construits de petits barrages et leurs centrales hydroélectriques ; vergers de pommiers et d’abricotiers, champs d’orge et de colza défilent devant nos yeux.

Jusqu’au moment fatidique où notre Jojo-le-klaxon — surnom du chauffeur — se fait arrêter pour excès de vitesse : il roulait à 70 km/h sur une route limitée à 40 km/h. À la clé, une amende de 200 yuans. « Ce n’est pas énorme, commente Steven, notre guide, mais plus grave pour lui, ce sont les trois points retirés de son permis. »

En reprenant le volant, on sent que Jojo fait ce qu’il peut pour se mettre au pas, mais il ne tient pas longtemps. À sa décharge : les routes sont si bien entretenues qu’il est difficile de maintenir une vitesse de 40 km/h. Ce n’était pas le cas autrefois : ni en 1995, ni même en 2005. La plupart des routes que nous avions alors empruntées étaient encore en terre.

Nous voilà donc arrivés vers 15 heures à Chamdo, une ville moderne que je ne reconnais pas. Heureusement, les deux cours d’eau qui s’y rejoignent n’ont pas changé : le Zhaqu et l’Angqu donnent toujours naissance au Lancang, le cours supérieur du Mékong. La ville, qui était autrefois nichée à leur confluent, a largement débordé de son site initial.

Quand j’y suis venue en 1995, ce n’étaient que quelques rues en terre battue bordées de magasins et de restaurants routiers qui s’agenouillaient au pied de l’imposant monastère de Jampaling (ou QiangbalinSi, en chinois). Il n’y avait guère que des pousse-pousse qui y circulaient, ainsi que quelques charrettes tirées par un âne ou un cheval.

En 2005, une ville se construisait avec une volonté visible de conserver des éléments architecturaux tibétains : fenêtres en losange, décors caractéristiques aux couleurs rouge et ocre, maisons relativement basses, etc. Maintenant, Chamdo est devenue une grande ville et un important centre urbain de l’est de la Région autonome du Tibet.

Chamdo-centre (2026)
Chamdo-centre (2026)

Les danses du soir se déroulent sur la grande place, entre un monument commémorant les événements de 1950 et un McDonald’s, sous la surveillance de policiers en uniforme bleu, tous Tibétains et parlant le tibétain, accompagnés de leurs chiens-robots, eux, résolument multiethniques.

Chien policier robot à Chamdo (2026)
Chien policier robot à Chamdo (2026)
Les danses du soir à Chamdo (2026)
Les danses du soir à Chamdo (2026)

Notre hôtel est situé à proximité immédiate du monastère de Jampaling et nous profitons d’un délicieux début de soirée pour faire la kora autour du complexe. Cette promenade offre une vue plongeante sur le Lancang et sur les aménagements récents de ses berges. Elle est envahie de boutiques où se disputent les encens, bougeoirs et beurre de yak, robes rouges et pourpres, vêtements et sous-vêtements, thangkas, bassines en plastique, thermos, casquettes… bref, ce que chez nous on appellerait du « brol chinois ».

Le Lacang, cours supérieur du Mékong, à Chamdo (2026)
Le Lacang, cours supérieur du Mékong, à Chamdo (2026)
Le « brol chinois » sur la kora du monastère de Jampaling (2026)
Le « brol chinois » sur la kora du monastère de Jampaling (2026)

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