À plus de 4 500 mètres d’altitude, la Chine développe le solaire thermodynamique au Tibet

par Elisabeth Martens avec l'assistance de Chatgpt, le 9 septembre 2026

Sur le haut plateau tibétain, la Chine développe plusieurs centrales solaires d’un type encore peu connu en Europe : le solaire thermodynamique à concentration. Des milliers de miroirs captent le rayonnement solaire pour produire de la chaleur, qui peut être stockée dans des sels fondus puis transformée en électricité plusieurs heures après le coucher du Soleil. Dans la Région autonome du Tibet (Xizang), à Amdo, Damxung et Zabuye, ces installations exploitent l’exceptionnel ensoleillement du plateau tout en cherchant à rendre la production renouvelable plus régulière et plus facilement pilotable.

 

Le solaire thermodynamique, une solution pour les régions à fort ensoleillement
Le solaire thermodynamique, une solution pour les régions à fort ensoleillement

Une autre façon de produire de l’électricité solaire

Lorsque l’on parle d’énergie solaire, on pense généralement aux panneaux photovoltaïques. Leur fonctionnement est relativement direct : des cellules semi-conductrices transforment la lumière du Soleil en électricité.

Le solaire thermodynamique à concentration, généralement désigné par l’acronyme anglais CSP — Concentrated Solar Power, fonctionne très différemment. Son principe consiste d’abord à transformer le rayonnement solaire en chaleur.

Des miroirs suivent la course du Soleil et concentrent ses rayons vers un récepteur. L’énergie ainsi concentrée permet de porter un fluide à plusieurs centaines de degrés. Cette chaleur peut ensuite être utilisée pour produire de la vapeur. Celle-ci entraîne une turbine reliée à un générateur électrique.

Le principe général devient donc :

rayonnement solaire → chaleur → vapeur → turbine → électricité.

À première vue, le système paraît plus complexe qu’une installation photovoltaïque. Mais il possède un avantage considérable : la chaleur peut être stockée avant d’être transformée en électricité.

C’est précisément cette propriété qui explique l’intérêt porté à cette technologie sur le plateau tibétain.

Pourquoi le plateau tibétain ?

La Région autonome du Tibet possède des conditions particulièrement favorables à l’exploitation de l’énergie solaire.

L’altitude élevée, l’atmosphère relativement sèche et l’importante durée annuelle d’ensoleillement offrent dans plusieurs régions un rayonnement solaire intense.

Dans le comté d’Amdo, au nord de la Région autonome du Tibet, le site choisi pour l’une des principales centrales solaires thermodynamiques bénéficie ainsi de plus de 2 800 heures d’ensoleillement par an, selon le gouvernement régional. Gouvernement de la Région autonome du Xizang — projet solaire thermodynamique d’Amdo

Mais le plateau présente également une difficulté énergétique particulière. Une production reposant fortement sur le photovoltaïque fournit beaucoup d’électricité lorsque le Soleil brille, mais beaucoup moins en fin de journée et plus du tout pendant la nuit. Or les besoins en électricité continuent.

La possibilité de stocker l’énergie solaire sous forme de chaleur devient alors particulièrement intéressante.

À Amdo, 15 927 miroirs tournés vers une tour

L’un des projets les plus spectaculaires est construit dans le comté d’Amdo (安多县), dans la ville-préfecture de Nagqu (那曲市), au nord de la Région autonome du Tibet. Il s’agit de la centrale Tushuo (土硕) de 100 MW, développée par Xizang Development Investment Group.

Les autorités régionales la présentent comme le premier projet solaire thermodynamique à tour du Tibet et comme la centrale de ce type située à la plus haute altitude au monde. Le site se trouve à environ 4 650 mètres d’altitude. Département des sciences et technologies du Xizang — centrale d’Amdo

Le 30 avril 2026, une étape spectaculaire du chantier a été achevée : les 15 927 héliostats avaient tous été installés. Gouvernement du Xizang — installation des 15 927 héliostats

Un héliostat est un miroir capable de modifier automatiquement son orientation afin de suivre la position du Soleil. Ensemble, les miroirs forment un champ d’environ 800 000 m². Vue du ciel, leur disposition autour de la tour centrale évoque une immense fleur métallique dont les pétales suivent le Soleil.

Dongfang Boiler heliostats at Amdo County 100 MW CSP project
Dongfang Boiler heliostats at Amdo County 100 MW CSP project

Une « fleur solaire » qui suit la course du Soleil

Le principe de fonctionnement est assez simple à visualiser.

Les 15 927 miroirs ne produisent eux-mêmes aucune électricité. Leur fonction consiste à réfléchir la lumière solaire vers un point commun : le récepteur installé sur la tour centrale.

Au cours de la journée, des systèmes de contrôle ajustent continuellement l’orientation des héliostats en fo nction de la position du Soleil. Des milliers de faisceaux lumineux convergent ainsi vers le récepteur. La concentration de cette énergie permet de chauffer des sels fondus jusqu’à environ 560 °C.

Le gouvernement régional décrit le processus comme une conversion « lumière – chaleur – électricité » : les miroirs concentrent le rayonnement sur la tour, les sels sont portés à environ 560 °C, puis cette énergie thermique est transférée au système de production électrique. Gouvernement du Xizang — fonctionnement de la centrale à tour d’Amdo

C’est à partir de ce moment que le système devient particulièrement intéressant.

Les sels fondus : une gigantesque batterie thermique

Les sels fondus jouent le rôle de réservoir d’énergie. Lorsqu’ils ont été chauffés par le rayonnement solaire concentré, ils peuvent être conservés dans de grands réservoirs thermiquement isolés.

La chaleur n’est donc pas nécessairement utilisée immédiatement.

Lorsque de l’électricité doit être produite, l’énergie contenue dans les sels chauds est transférée à un circuit permettant de produire de la vapeur. Cette vapeur entraîne ensuite une turbine couplée à un générateur électrique.

Le système permet donc de séparer deux moments : le moment où l’énergie solaire est captée et le moment où l’électricité est produite.

C’est une différence fondamentale avec le photovoltaïque lorsqu’il n’est associé à aucun système de stockage.

Produire de l’électricité après le coucher du Soleil

Lorsque le Soleil disparaît, les panneaux photovoltaïques cessent progressivement de produire.

Une centrale solaire thermodynamique équipée d’un stockage thermique peut en revanche continuer à utiliser la chaleur accumulée pendant la journée. L’énergie solaire reçue à midi peut ainsi contribuer à produire de l’électricité plusieurs heures plus tard. Le solaire thermodynamique peut donc être considéré comme une technologie associant production d’énergie renouvelable et stockage thermique.

Il ne rend évidemment pas le Soleil disponible vingt-quatre heures sur vingt-quatre : la quantité de chaleur stockée reste limitée et dépend de la conception de l’installation et des conditions météorologiques. Mais il permet de déplacer dans le temps une partie de la production solaire.

Environ 255 millions de kWh par an à Amdo

La centrale thermodynamique d’Amdo doit atteindre une puissance de 100 MW. Selon les informations publiées par les autorités régionales, sa production moyenne devrait atteindre environ 255 millions de kWh par an.

Elle permettrait, selon les estimations officielles, d’économiser environ 60 000 tonnes de charbon standard par an et d’éviter quelque 165 000 tonnes d’émissions de CO₂. Département des sciences et technologies du Xizang — production annuelle prévue à Amdo

Ces chiffres restent des estimations de production et d’émissions évitées annoncées pour la centrale une fois en exploitation. Ils devront donc être comparés aux résultats réels après plusieurs années de fonctionnement.

Répondre aux besoins électriques en dehors des heures solaires

L’intérêt d’une telle installation ne se limite pas à la quantité annuelle d’électricité produite.

Dans un réseau intégrant une proportion croissante de solaire photovoltaïque, l’un des principaux défis consiste à faire correspondre la production avec la consommation.

Une centrale capable de conserver de l’énergie pendant les heures très ensoleillées puis de la restituer en fin d’après-midi ou en soirée contribue à réduire ce décalage. Le solaire thermodynamique n’est donc pas nécessairement envisagé comme un concurrent du photovoltaïque.

Les deux technologies sont plutôt complémentaires.

Le photovoltaïque possède l’avantage d’être relativement simple à déployer à très grande échelle. Le solaire thermodynamique est plus complexe, mais son stockage thermique permet de choisir davantage le moment où une partie de l’électricité sera produite.

Construire une centrale solaire à 4 650 mètres

L’ensoleillement exceptionnel du plateau tibétain a cependant sa contrepartie.

Construire une installation industrielle aussi complexe à environ 4 650 mètres d’altitude constitue un défi technique considérable. La faible teneur en oxygène, les basses températures, les écarts thermiques entre le jour et la nuit, les vents et le rayonnement ultraviolet intense imposent des contraintes particulières aux travailleurs comme aux équipements.

Les mêmes difficultés sont explicitement mentionnées pour les projets solaires thermodynamiques actuellement développés dans d’autres secteurs de la Région autonome du Tibet, notamment à Damxung. CGN — contraintes du solaire thermodynamique à très haute altitude

La construction d’Amdo constitue donc également une expérimentation industrielle : peut-on faire fonctionner durablement une grande centrale solaire thermodynamique dans les conditions extrêmes du plateau tibétain ?

Le paradoxe thermique du projet

Le contraste est spectaculaire. À l’extérieur, les températures hivernales peuvent être très basses. Au cœur du système solaire, les sels fondus sont, eux, portés à environ 560 °C. Gouvernement du Xizang — sels fondus à 560 °C à Amdo

Il faut donc gérer simultanément le froid de l’environnement et des fluides industriels extrêmement chauds.

L’un des enjeux techniques consiste notamment à empêcher que les sels ne refroidissent au point de se solidifier dans certaines parties du circuit. L’isolation thermique, le maintien en température des conduites et la gestion précise des flux deviennent ainsi essentiels.

À Damxung, un deuxième laboratoire solaire à très haute altitude

Amdo n’est pas un cas isolé. Le 6 avril 2026, la construction d’un autre projet solaire thermodynamique a officiellement débuté à Wumatang (乌玛塘), dans le comté de Damxung (当雄县), dépendant de Lhassa, dans la Région autonome du Tibet.

La centrale se trouve à environ 4 550 mètres d’altitude. Mais elle utilise une technologie différente.

Au lieu d’une tour centrale entourée de milliers d’héliostats, le projet de 50 MW, développé par China General Nuclear Power Group (CGN), utilise des miroirs cylindro-paraboliques. Ces miroirs incurvés concentrent le rayonnement solaire vers des tubes récepteurs disposés le long de leur ligne focale. Un fluide caloporteur circule dans ces tubes et transporte la chaleur vers le système de production électrique.

Le champ solaire couvre environ 242 000 m² et comprend 68 boucles de collecte. CGN — centrale solaire thermodynamique de Wumatang à Damxung

Six heures de stockage thermique

La centrale CGN de Wumatang doit disposer de six heures de stockage thermique par sels fondus. Elle comporte également un équipement particulièrement intéressant : un chauffage électrique de 20 MW destiné aux sels fondus. CGN — stockage thermique et chauffage électrique des sels fondus

Pourquoi chauffer électriquement un système conçu pour récupérer la chaleur du Soleil ? Parce que la centrale thermodynamique est associée à une importante installation photovoltaïque.

Lorsque celle-ci produit davantage d’électricité que le réseau ne peut momentanément absorber, une partie de cette électricité peut alimenter le chauffage des sels.

L’énergie peut donc suivre le parcours :

photovoltaïque → électricité excédentaire → chaleur → sels fondus → stockage → production électrique ultérieure.

CGN explique que cette configuration doit notamment contribuer à absorber une partie de l’électricité photovoltaïque qui pourrait autrement être écrêtée et à répondre plus efficacement aux pointes de consommation du soir. CGN — projet CSP + photovoltaïque de Wumatang

50 MW de solaire thermodynamique associés à 400 MW de photovoltaïque

Le projet CGN de Wumatang associe : 50 MW de solaire thermodynamique + 400 MW de photovoltaïque.

L’ensemble représente donc une puissance installée de 450 MW. La mise en service complète est annoncée pour 2027. Selon CGN, l’ensemble devrait fournir environ 719 millions de kWh par an au réseau.

Le groupe estime que cette production correspondrait à environ 216 900 tonnes de charbon standard économisées et 652 300 tonnes de CO₂ évitées chaque année. CGN — caractéristiques et production prévue du projet de Damxung Ces chiffres sont ceux annoncés par le développeur et devront eux aussi être confrontés aux performances réelles après la mise en service.

Un autre projet de 900 MW à Damxung

Un autre projet a été officiellement lancé à Wumatang le 29 avril 2026, cette fois par China Energy Engineering Group. Le site se trouve à 4 541 mètres d’altitude.

Il atteint 900 MW : 800 MW de photovoltaïque + 100 MW de solaire thermodynamique.

La partie solaire thermodynamique utilisera une technologie de miroirs cylindro-paraboliques à grande ouverture et sera associée à un système de stockage par sels fondus d’environ six heures.

Le projet représente un investissement annoncé d’environ 3,744 milliards de yuans et sa mise en service complète est programmée pour 2030. China Energy Engineering — lancement du projet intégré de Damxung

Une fois achevé, l’ensemble devrait produire environ 1,56 milliard de kWh d’électricité renouvelable par an. Le développeur estime que cela correspondrait à une économie de quelque 469 000 tonnes de charbon standard et à environ 1,25 million de tonnes de CO₂ évitées par an. China Energy Engineering — données énergétiques et environnementales du projet

La partie photovoltaïque doit par ailleurs être développée selon un modèle dit de « complémentarité pastoralisme-photovoltaïque », visant à permettre la coexistence de l’activité pastorale et de la production d’électricité solaire. China Energy Engineering — modèle pastoralisme-photovoltaïque à Damxung

À Zabuye, une centrale fonctionne déjà

Il est important de préciser que le solaire thermodynamique dans la Région autonome du Tibet ne se limite pas à des projets encore en construction.

Une installation est déjà pleinement opérationnelle à environ 4 500 mètres d’altitude, au lac salé de Zabuye (扎布耶), dans le comté de Zhongba, ville-préfecture de Shigatsé.

Le projet intégré comprend : 40 MW de solaire thermodynamique cylindro-parabolique + 35 MW de photovoltaïque + 20 MW / 40 MWh de stockage électrochimique.

Il constitue un système combinant production solaire, stockage, électricité, chaleur et consommation locale. L’installation est destinée notamment à fournir de l’énergie pour l’exploitation des ressources de lithium du lac salé de Zabuye.

Le projet a été annoncé comme pleinement mis en service en mai 2025. National Energy Internet Industry and Technology Innovation Alliance / Tsinghua — centrale solaire de Zabuye

Cette centrale est particulièrement intéressante car elle montre que le solaire thermodynamique de très haute altitude n’est plus seulement expérimental.

Selon la source liée à l’Université Tsinghua, il s’agit d’un système autonome associant solaire thermodynamique, photovoltaïque, stockage thermique et batteries afin d’assurer une alimentation énergétique stable dans une zone située en bout de réseau électrique. Présentation technique du projet de Zabuye

Un lien étonnant entre solaire et lithium

Le projet de Zabuye présente un autre intérêt.

Le lithium est l’une des matières premières essentielles aux batteries utilisées pour stocker l’électricité et alimenter les véhicules électriques. Or, à Zabuye, une partie de l’énergie nécessaire à l’exploitation de cette ressource est précisément fournie par un système associant solaire thermodynamique, photovoltaïque et stockage.

La transition énergétique se manifeste donc ici à plusieurs niveaux : le Soleil fournit l’énergie nécessaire à une activité qui produit elle-même une matière première indispensable à de nombreuses technologies de stockage électrochimique.

Cela ne dispense évidemment pas d’évaluer les impacts environnementaux de l’exploitation du lithium, notamment dans les écosystèmes fragiles des lacs salés de haute altitude.

Pourquoi ne pas installer uniquement des batteries ?

La question mérite d’être posée. Les batteries lithium-ion sont très efficaces pour absorber de l’électricité photovoltaïque et la restituer quelques heures plus tard. Le stockage thermique possède cependant d’autres caractéristiques.

Une grande quantité d’énergie peut être conservée sous forme de chaleur dans des réservoirs contenant des sels fondus, sans nécessiter pour cette fonction de stockage thermique les mêmes cellules électrochimiques qu’un immense parc de batteries.

Une centrale thermodynamique possède en outre une turbine et un générateur électrique comparables à ceux utilisés dans d’autres centrales thermiques. Elle peut donc participer différemment au fonctionnement du réseau électrique.

Il ne s’agit dès lors pas nécessairement de choisir entre batteries et sels fondus. Plusieurs formes de stockage peuvent coexister et répondre à des besoins différents.

Le solaire thermodynamique comme complément du photovoltaïque

Les projets tibétains illustrent clairement cette logique.

À Damxung, les capacités photovoltaïques sont plusieurs fois supérieures à celles du solaire thermodynamique :

400 MW photovoltaïques + 50 MW CSP dans le projet CGN ;

800 MW photovoltaïques + 100 MW CSP dans celui de China Energy Engineering. CGN — projet intégré de 450 MW China Energy Engineering — projet intégré de 900 MW

Le solaire thermodynamique n’est donc pas destiné à remplacer le photovoltaïque.

Il lui apporte une fonction différente : la capacité de stocker de la chaleur et de déplacer une partie de la production vers les heures où le Soleil ne fournit plus directement d’électricité photovoltaïque.

Cette complémentarité pourrait prendre de plus en plus d’importance à mesure que les capacités solaires installées augmentent.

Système solaire à concentration thermodynamique dans la région du Xinjiang, en Chine © Xinhuanet
Système solaire à concentration thermodynamique dans la région du Xinjiang, en Chine © Xinhuanet

Le Tibet devient un laboratoire du solaire à très haute altitude

Les projets d’Amdo, Damxung et Zabuye montrent que le solaire thermodynamique chinois entre dans une nouvelle phase.

Les premières grandes centrales chinoises ont principalement été développées dans des régions fortement ensoleillées comme le Qinghai, le Gansu, le Xinjiang ou la Mongolie intérieure.

La Région autonome du Tibet ajoute une contrainte supplémentaire : l’altitude extrême. À Wumatang, CGN cite explicitement parmi les difficultés la faible densité de l’air, le manque d’oxygène, les basses températures, les écarts importants entre le jour et la nuit et le fort rayonnement ultraviolet.

À plus de 4 000 mètres, ces contraintes réduisent également la durée annuelle pendant laquelle les travaux peuvent être réalisés : pour le projet de Damxung, CGN indique que la période réellement favorable à la construction est essentiellement limitée aux mois d’avril à octobre. CGN — défis techniques de la construction à 4 550 mètres

Si ces installations fonctionnent durablement comme prévu, l’expérience acquise pourra être utile à d’autres régions de haute altitude bénéficiant d’un fort rayonnement solaire.

Mais une énergie renouvelable n’est jamais sans impact

Le caractère renouvelable de la source énergétique ne dispense cependant pas d’examiner les conséquences environnementales de ces installations.

Les champs de miroirs et de panneaux photovoltaïques occupent des surfaces importantes. Les centrales nécessitent de l’acier, du verre, du béton, des sels, des turbines, des câbles et des infrastructures électriques.

La question de l’eau doit également être examinée attentivement sur le plateau tibétain, notamment pour le nettoyage des surfaces réfléchissantes et selon les systèmes de refroidissement employés.

Il faut enfin tenir compte des écosystèmes locaux.

Les paysages de haute altitude peuvent sembler peu occupés, mais les prairies et steppes du plateau tibétain constituent des milieux écologiques spécifiques, utilisés par la faune sauvage mais également par les activités pastorales.

Dans le cas du projet de Damxung, China Energy Engineering annonce une conception selon le principe de « complémentarité pastoralisme-photovoltaïque ». China Energy Engineering — pastoralisme et photovoltaïque à Wumatang

Cependant, l’affirmation d’une compatibilité environnementale par le constructeur ne suffit pas en elle-même à démontrer l’absence d’impact.

Les résultats devront être évalués sur la durée, notamment en matière d’occupation des sols, de biodiversité, de ressources en eau et de maintien des activités pastorales.

Du Soleil de midi à l’électricité du soir

C’est finalement ce qui rend ces projets particulièrement intéressants.

Pendant longtemps, l’un des principaux reproches adressés à l’énergie solaire était évident : « Que se passe-t-il lorsque le Soleil ne brille plus ? »

Le solaire thermodynamique ne supprime pas l’intermittence solaire, mais il apporte une réponse originale. Au lieu de transformer immédiatement toute l’énergie reçue en électricité, il permet d’en conserver une partie sous forme de chaleur à plusieurs centaines de degrés.

Sur le plateau tibétain, la Chine expérimente ainsi plusieurs architectures dans lesquelles le photovoltaïque assure une production massive pendant les heures ensoleillées, tandis que le solaire thermodynamique et les sels fondus permettent de déplacer une partie de l’énergie vers les heures suivantes.

À Amdo, 15 927 héliostats sont désormais installés à environ 4 650 mètres d’altitude. La centrale de 100 MW devrait produire quelque 255 millions de kWh par an une fois en exploitation. Gouvernement du Xizang — centrale solaire thermodynamique d’Amdo

À Damxung, deux autres ensembles combinant photovoltaïque et stockage thermique sont en construction. CGN — projet de Wumatang China Energy Engineering — projet de Damxung

Et à Zabuye, une centrale de 40 MW de solaire thermodynamique associée à 35 MW de photovoltaïque et à des batteries fonctionne déjà depuis 2025, notamment pour fournir l’énergie nécessaire à l’exploitation du lithium. Tsinghua / National Energy Internet Industry and Technology Innovation Alliance — projet de Zabuye

Le véritable enjeu de ces installations n’est donc pas seulement de concentrer de manière spectaculaire des milliers de rayons solaires vers une tour. Il consiste à capturer l’énergie solaire lorsqu’elle est abondante, la conserver et la restituer lorsqu’elle devient plus utile au réseau ou aux activités locales.

À plus de 4 500 mètres d’altitude, la Région autonome du Tibet devient ainsi l’un des laboratoires les plus extrêmes au monde de cette nouvelle manière d’exploiter l’énergie du Soleil.