Du rock alternatif sur l'alpage de Tagong

par Elisabeth Martens, le 20 août 2026

Ce fut une journée bien chargée que celle du 19 juillet : après l'exploration du hameau de Gerima et du monastère de Muya, nous reprenons la route vers l'alpage situé un peu plus haut. Notre lieu de rendez-vous pour diverses activités récréatives, au pied de la montagne sacrée Yala, n'est pas très éloigné... mais voilà que nous nous retrouvons dans un embouteillage monstre : celui du « 318 Life Festival ».

 

La montagne sacrée Laya (2026)
La montagne sacrée Laya (2026)

Deuxième édition du « 318 Life Festival »

Cette année, c'était la deuxième édition du festival. Elle s'est tenue les 18 et 19 juillet et a attiré environ 40 000 participants... d'où l'embouteillage sur l'alpage de Tagong ! Le festival proposait des concerts en plein air à 3 800 mètres d'altitude, dans le décor fabuleux de la montagne Yala. L'affiche était très éclectique : des artistes de la scène indépendante et alternative chinoise s'y sont produits, réunissant des groupes de hip-hop et de rap, ainsi que des groupes de rock indépendant et de musique folk, comme Soundtoy, surnommé « le poète du rock de Chengdu », ou encore Mr. Sea Turtle, un groupe de reggae chinois venu du sud.

L'événement reflétait une tendance plus large en Chine, où les festivals de musique sont devenus de véritables vecteurs de promotion culturelle et touristique. Le « 318 Life Festival » tire son nom de la route nationale 318, l'un des itinéraires routiers les plus célèbres du pays. S'étendant de Shanghai à la région autonome du Tibet, cet itinéraire traverse plaines, forêts, glaciers, chaînes de montagnes et hauts plateaux.

Le festival de musique sur le plateau de Tagong en 2026 (Photo chinadaily.com.cn)
Le festival de musique sur le plateau de Tagong en 2026 (Photo chinadaily.com.cn)

 

Le « 318 Life Festival » s'est imposé comme un prolongement culturel de la légende qui entoure cette route, avec une ambiance centrée autant sur l'expérience musicale que sur le paysage spectaculaire des alpages tibétains. Plutôt que de considérer la musique comme un simple divertissement, les organisateurs ont articulé l'événement autour de cinq thèmes — la musique, la culture locale, les expériences en plein air, le dialogue et l'art — créant ainsi un programme qui encourage le public à s'intéresser autant au paysage qu'aux performances scéniques.

L'événement était organisé en partenariat avec la plateforme de streaming NetEase Cloud Music, un véritable écosystème musical combinant streaming, communauté, soutien aux artistes et découverte de nouveaux talents. L'entreprise compte plus de 200 millions d'utilisateurs actifs mensuels et héberge plus d'un million de musiciens indépendants inscrits.

Au « 318 Life Festival » (2026)
Au « 318 Life Festival » (2026)

La plateforme avait créé la playlist officielle du festival, étendant ainsi l'événement au-delà du site du concert et touchant un public national. L'installation la plus marquante était sans doute celle de grands panneaux affichant des commentaires rédigés par les festivaliers, une fonctionnalité qui a fait la renommée de NetEase. Disséminés sur le site, ces commentaires sélectionnés associaient expériences musicales, émotions des voyageurs et rythmes de la vie en haute montagne. En transposant ces conversations numériques dans un cadre physique, le festival a brouillé la frontière entre communauté en ligne et expérience culturelle en direct.

 

Des activités récréatives sur l'alpage de Tagong

Nous venions de la nationale 317 — ou plutôt d'une route secondaire qui nous avait menés au village de Gerima exploré le matin même. Sans trop savoir comment, nous nous sommes retrouvés en plein embouteillage festivalier. Jojo, notre super chauffeur, avait beau jouer du klaxon, nous étions coincés.

Contemplant les véhicules qui patinaient dans la boue, dans une tentative désespérée de sortir du champ transformé en éponge au cours de la nuit d'orage, nous hésitions entre descendre de notre camionnette pour participer à ce festival chinois – un peu d'exotisme ! -, et poursuivre notre route. C'est à ce moment que Jojo s'est élancé sur le no man's land de l'alpage et a foncé droit devant lui, écrasant edelweiss, arnicas et gentianes pour atteindre une voie tertiaire; elle était si étroite que la camionnette a failli basculer dans le fossé !

Nous n'avions plus à choisir, cinq minutes plus tard, nous arrivions à destination : un édifice ultra-moderne, faisant à la fois office de centre culturel, touristique et artisanal, et d'hôtel-restaurant étoilé offrant une vue directe sur la majestueuse montagne Yala. L'endroit était déserté par les festivaliers, trop occupés à déambuler dans la boue de l'alpage.

Accueillis par un jeune Tibétain en costume traditionnel, que Steven, notre guide, nous présente comme étant un grand maître de thangka, nous voilà embarqués dans une séance de peinture méditative. Chacun assis devant son chevalet, nous avions pour tâche de colorier un mini thangka (environ 5 cm sur 4 cm) avec un pinceau effilé et de la peinture minérale diluée à l'eau... tâche délicate s'il en fut ! Après une heure ou plus d'intense concentration — ne pas dépasser la ligne, utiliser la bonne couleur, humidifier le pinceau juste ce qu'il faut... —, un autre Tibétain, plus robuste, nous a délivré de nos chevalets.

Cette fois, c'est une promenade à cheval qu'il nous a proposé. Nos deux ados sautaient de joie, les deux « vieux » se sont dit : « Ouille, ouille, ouille, nos fesses ! », et les deux quadragénaires ont emboîté le pas au cavalier tibétain.

Ce fut déjà toute une histoire de faire tenir la bombe sur la tête des deux filles, mais alors... faire tenir l'aïeul sur une selle mal sanglée ! La selle a lentement glissé du dos vers l'abdomen du cheval et voilà notre ami qui glisse tout aussi lentement vers le sol, jusqu'à se retrouver les quatre fers en l'air. Grosse rigolade ! Finalement, il a préféré le tir à l'arc.

Revenus vers l'édifice ultra-moderne, autour d'un repas bien fourni, chacun raconte ses aventures. Nous reprenons ensuite notre mianbaoche (notre « véhicule-sandwich »). Jojo rejoint la nationale 317 en dédiant un pied de nez et quelques boutades inciviques aux festivaliers toujours embourbés. Évitant les flaques, certains, chaussures en main, couraient vers les tentes qui se dressaient par centaines, dispersées autour des écrans géants et des scènes où dansaient des spots multicolores. La musique nous parvenait encore de loin ; elle s'est peu à peu éloignée, jusqu'à devenir un souvenir nuageux.