Sexe, fric et compassion pour les puissants : le dalaï-lama et ses proches restent fidèles à leur tradition
par Albert Ettinger, le 2 mars 2026
Je viens d’accorder une interview (par écrit) au média sino-belge Yellow Vitamines. Voici les questions qui m’ont été soumises ainsi que mes réponses.
Est-il approprié, selon vous, que le dalaï-lama, en dépit de ses convictions religieuses, contacte ou rencontre Epstein ?
Les inconditionnels du dalaï-lama diront sans doute que des contacts de ce genre montrent que « Sa Sainteté » éprouve une compassion infinie pour tous les êtres, y compris pour la lie de l’humanité. Cependant, je trouve que, d’un point de vue éthique ou de morale religieuse, la compassion pour les victimes serait beaucoup plus indiquée que la compassion pour les criminels, d’autant plus qu’il me semble que l’une a tendance à exclure l’autre.
Mais on se souvient que Tenzin Gyatso a aussi fait preuve d’une indulgence scandaleuse à l’égard de nombreux lamas prédateurs sexuels (1) et de la plus grande bienveillance à l’égard de nazis comme Heinrich Harrer ou Bruno Beger (2).
Jeffrey Epstein, en outre d’être un violeur, un trafiqueur de sexe et un pédophile, fut avant tout un milliardaire qui entretenait un vaste réseau de relations personnelles au sein des élites politiques, financières, économiques, médiatiques et culturelles occidentales. C’est ce dernier aspect qui a dû intéresser le dalaï-lama qui, rappelons-le, n’est pas seulement un dignitaire religieux, mais surtout, une figure politique avide de contacts influents et de soutien pécunier. Car les amis d’Epstein pouvaient espérer profiter de la générosité du financier pédo-criminel qui fut aussi un mécène à travers, entre autres, sa Jeffrey Epstein VI Foundation. (3)

Les informations publiques montrent qu’en 2009, le dalaï-lama a assisté à un événement organisé par la secte NXIVM et y a prononcé un discours, pour lequel il a reçu une récompense d'un million de dollars. Pensez-vous que cette pratique soit raisonnable ?
Pecunia non olet (« L’argent n’a pas d’odeur »). En 2009, le dalaï-lama a en effet participé à un évènement organisé par la secte NXIVM. Il a tenu un discours au quartier général de la secte à Albany, New York, et il a honoré son gourou Keith Raniere en lui mettant personnellement une écharpe tibétaine autour du cou. (4) De surcroît, le dalaï-lama a soutenu Raniere en rédigeant la préface de son livre The Sphinx and Thelxiepeia.

Plus tard, il a été révélé qu'en 2009 le lama Tenzin Dhonden, l'émissaire du dalaï-lama aux États-Unis qui avait organisé cette rencontre, avait une relation sexuelle avec Sara Bronfman, une riche héritière et l’une des figures de premier plan de la secte.
En 2019, Keith Raneire fut reconnu coupable d’association de malfaiteurs en vue de commettre « une série de crimes, notamment l'exploitation sexuelle d'un enfant, le trafic sexuel de femmes et le complot en vue de recourir au travail forcé ». Le juge newyorkais le condamna « à 120 ans d'emprisonnement et à une amende de 1,75 million de dollars. » (5)
Quant au lama Tenzin Dhonden, accusé de harcèlement, d'adoration des célébrités et de corruption, il finit par être démis de sa fonction de Secrétaire du Dalai Lama Trust en 2017. Le Trust, « la principale fondation caritative de Sa Sainteté pour le monde extérieur », avait « acquis la réputation d'être autoritaire, conflictuel, mesquin et indifférent ». (6)

Décidément, les relations sulfureuses, l’argent ainsi que les abus (et abuseurs) sexuels accompagnent le dalaï-lama depuis sa fuite en Inde. On n’a qu’à se souvenir de son soutien à Shoko Asahara, le chef de la secte japonaise Aum Shinrikyo exécuté pour terrorisme en 2018. (7)
En 2023 il a obligé un enfant de 7 ans à sucer sa langue. Était-ce justifiable ? Était-ce une violation des droits de l’enfant ?
La réponse à ces deux dernières questions est évidente. Personne n’a le droit de violer ainsi la sphère privée d’un enfant en abusant de son autorité, qu’elle soit religieuse ou autre. Ou bien « Sa Sainteté » se croit tout permis en tant que « présence de Bouddha » sur terre, ou bien il est attaché à certaines traditions tibétaines difficilement défendables, au point de ne pas être pleinement conscient de la gravité de son acte. Dois-je rappeler que dans l’ancien Tibet, la pratique des drombo était monnaie courante parmi la population monacale. (8) Les moines adultes se disputaient les jeunes novices qu’ils utilisaient comme partenaires sexuels passifs. Est-ce à cela que les défenseurs du dalaï-lama pensaient lorsqu’ils évoquèrent des raisons « culturelles » pour expliquer son comportement ?
Sources :
1) Voir : https://tibetdoc.org/index.php/religion/bouddhisme-tibetain-dans-le-monde/464-bouddhisme-et-deviances-sexuelles-le-dalai-lama-savait
2) Voir, par exemple : https://tibetdoc.org/index.php/histoire/20eme-siecle/468-harrer-le-nazi-prefere-du-dalai-lama-et-des-tibetologues-negationnistes et https://tibetdoc.org/index.php/histoire/20eme-siecle/190-un-livre-sur-l-expedition-ss-au-tibet-et-les-liaisons-sulfureuses-du-dalai-lama-operation-shambala-de-gilles-van-grasdorff
3) Voir : https://en.wikipedia.org/wiki/Jeffrey_Epstein_VI_Foundation
4) Voir : https://www.dailymail.co.uk/news/article-5230067/Dalai-Lamas-1-MILLION-women-branding-sex-cult.html
5) https://en.wikipedia.org/wiki/Keith_Raniere
6) https://www.tibetanjournal.com/daily-mails-article-dalai-lama-one-short-attempt-sensationalism/
7) https://tibetdoc.org/index.php/politique/mediatisation/456-une-actualite-contrastee-une-culpabilite-inavouee
8) Voir : Sam Van Schaik, Tibet, A History, Yale University Press, 2013, p. 110.