Le Parlement chinois adopte une loi majeure pour renforcer l'unité ethnique
par Frank Willems pour Chinasquare, le 19 mars 2026
Le Parlement chinois vient de franchir une étape législative décisive en adoptant la Loi sur la promotion de l'unité ethnique. Ce nouveau cadre juridique vise à cimenter l'intégration nationale des minorités, avec un accent tout particulier mis sur la normalisation linguistique.

Vers un « foyer spirituel partagé »
L'objectif affiché de cette loi est de renforcer la cohésion sociale en créant ce que les autorités décrivent poétiquement comme un « foyer spirituel partagé en Chine ». Il s'agit de garantir l'harmonie et de prévenir les « frictions internes ». Le texte a été adopté à une écrasante majorité : 2 756 voix pour, trois contre et trois abstentions.
Li Hongzhong, vice-président du bureau du Parlement, a présenté la loi comme la formalisation des succès récents en matière d'unité ethnique. Le texte prévoit des mécanismes pour résoudre les « risques majeurs et dangers cachés ». Bien que non explicitement nommés, les sentiments nationalistes et séparatistes — parfois perçus comme attisés par l'étranger — chez les Ouïghours et les Tibétains sont clairement visés.
« Bien que le socle de la communauté nationale chinoise se renforce, les conflits idéologiques ethniques restent complexes et aigus », soulignait récemment Quishi, la revue théorique du Parti. « Le risque d'ingérence de forces internationales ne doit pas être sous-estimé. »
Évolution du modèle : de l'autonomie à l'intégration
Pour Barry Sautman, professeur émérite à l'Université de Hong Kong, cette loi découle de l'expérience acquise dans la lutte contre le terrorisme et l'extrémisme religieux au Xinjiang. Cette stratégie combine mesures de sécurité, progrès socio-économiques rapides et apprentissage renforcé de la langue nationale. Un constat similaire est dressé au Tibet, où le bilinguisme croissant des jeunes et le développement économique auraient fait chuter les tensions.
Selon le professeur Fei-Ling Wang (Georgia Institute of Technology), cette législation marque une rupture avec le modèle d'autonomie inspiré de l'ex-URSS. La Chine cherche désormais une intégration nationale totale, hantée par l'exemple de la dislocation soviétique le long des fractures ethniques.
Un pouvoir d'action accru pour le parquet
L'une des innovations majeures réside dans le volet judiciaire : le ministère public peut désormais, en tant que défenseur de l'intérêt national, porter plainte de sa propre initiative contre toute activité portant atteinte à l'unité ethnique. La loi devient ainsi exécutoire sans qu'une plainte préalable d'un individu ou d'une organisation lésée ne soit nécessaire.
La langue nationale au cœur du dispositif
Sur les 60 articles que compte la loi, certains encouragent les mariages mixtes entre l'ethnie Han et les minorités, tandis que d'autres criminalisent le terrorisme et le séparatisme. Cependant, c'est le volet linguistique qui suscite le plus de réactions, complétant les amendements à la Loi sur la langue nationale entrés en vigueur le 1er janvier.
- Priorité au mandarin : La loi impose une promotion accrue du mandarin (langue standard) dans les régions minoritaires, généralisant la politique déjà appliquée en Mongolie-Intérieure.
- Éducation : Les établissements scolaires sont incités à utiliser la « langue nationale commune » comme langue principale.
- Administration : En cas d'usage de deux langues lors d'événements officiels, la priorité doit être donnée au mandarin.
Les autorités défendent un « bilinguisme fonctionnel » : le mandarin pour la vie publique et économique, et les langues minoritaires pour la préservation culturelle.
Entre protection et érosion identitaire
Si la majorité des experts chinois soutiennent que la protection des cultures locales subsiste, ils réaffirment qu'une langue nationale unique est indispensable à la mobilité économique et à la cohésion sociale.
À l'inverse, les détracteurs de la loi craignent une érosion de l'identité des minorités. En 2020, des manifestations de bergers mongols avaient déjà éclaté contre ces réformes linguistiques. Le texte note toutefois que, comparativement, les minorités chinoises conservent, même sous cette nouvelle loi, une autonomie culturelle bien supérieure à celle de certaines minorités européennes, comme les Bretons, les Basques ou les Corses en France.
Source : South China Morning Post ; Xinhua
URL de l'article en neerlandais: https://www.chinasquare.be/?s=+Nieuwe+wet+voor+de+promotie+van+etnische+eenheid.